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Krama du Cambodge : le foulard qui raconte une vraie rencontre

Rencontres Locales

Le krama, foulard traditionnel du Cambodge tissé à la main à Siem Reap, est plus qu'un souvenir : rencontre avec les tisserandes et l'école Sala Baï, qu'il finance en partie.

Par Julien Béton · 5 October 2026 · 8 min de lecture

Krama du Cambodge : le foulard qui raconte une vraie rencontre
Photo Roberto Lopez / Unsplash

Sur le marché de nuit de Siem Reap, quelqu’un finit toujours par vous tendre un carré de coton à carreaux rouges et blancs. C’est la scène qui revient dans presque tous les récits de voyage au Cambodge : on repart avec un foulard autour du cou sans trop savoir ce qu’on vient d’acheter. Avant de choisir un krama en coton, ça vaut la peine de comprendre d’où il vient, qui l’a tissé, et ce que son prix finance vraiment.

Je voyage depuis des années en cherchant moins les monuments que les gens qui les entretiennent. Et j’ai fini par m’en tenir à une règle simple, redonnée à chaque fois qu’on me demande un souvenir à rapporter de quelque part : l’objet le plus simple est souvent celui qui raconte le plus, à condition de savoir à qui on l’achète.

Le krama, un foulard qu’on vous montre avant de vous le vendre

Au Cambodge, le krama n’est pas un accessoire inventé pour les touristes. Porté par les hommes, les femmes et les enfants, en ville comme à la campagne, il fait partie du quotidien depuis des générations. Il protège du soleil, sert de serviette, de ceinture, et même de siège de fortune pour transporter un bébé une fois noué aux poignées d’un vélo. Les enfants, eux, s’en servent pour jouer au « Cha-ol Chong », une variante locale du ballon prisonnier avec un krama roulé en boule.

Cette familiarité change la nature de la rencontre. Un vendeur de marché vous propose un objet touristique. Une tisserande d’atelier vous montre un objet qu’elle porte elle-même, le matin, pour aller travailler. La différence ne se voit pas sur une photo. Elle se sent quand on prend le temps de poser une question avant de sortir son portefeuille.

Le krama, repères pour mieux choisir le sien

8 heures

de tissage à la main, sur un métier à tisser en bois, pour un seul foulard

2012

première rencontre à Siem Reap à l’origine du partenariat avec l’atelier de tisserandes

2002

création de l’école hôtelière Sala Baï à Siem Reap, par l’ONG Agir Pour le Cambodge

150 jeunes

formés gratuitement chaque année par Sala Baï aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration

3 étapes

teinture, préparation du métier, puis tissage et finition — rien n’est raccourci

2 couleurs

orange et bleu, les kramas dessinés gratuitement pour financer les activités de Sala Baï

Sources : Krama Krama, pages « Notre philosophie », « Tissage du krama » et « École Sala Baï » (consultées le 05/10/2026).

Pourquoi le même motif de foulard peut valoir 3 € ou 55 €

C’est la question qui revient le plus souvent, et elle mérite une vraie réponse plutôt qu’un conseil vague. Les kramas vendus en grande quantité sur les étals de Siem Reap ou de Phnom Penh sortent la plupart du temps d’usines, parfois détenues par des groupes étrangers. Leur prix est bas, et leur provenance reste floue : impossible de savoir qui a tissé le fil, ni dans quelles conditions.

Un atelier de tisserandes formées, payées pour leur travail, fonctionne sur un rythme différent. Le fil est teint à la main, le métier à tisser est préparé fil par fil, et la moindre erreur de trame oblige à reprendre. Ce temps se répercute forcément sur le prix. Et je préfère le dire clairement : ce n’est pas un argument marketing, c’est une question de salaire payé à quelqu’un, plutôt que de marge prise sur une pièce produite en série.

Mains d'une tisserande guidant le fil de coton sur un métier à tisser en bois traditionnel
Le tissage sur métier traditionnel : chaque fil de trame est posé et vérifié à la main. Photo Chris Chow / Unsplash.

Huit heures pour un foulard : ce que couvre vraiment ce temps

La fabrication artisanale d’un krama se fait en trois étapes, et aucune n’est raccourcie dans un atelier sérieux. D’abord la teinture : pour les coloris naturels, des écorces d’arbres, des feuilles et des fruits sont bouillis pour obtenir la couleur recherchée, et les fils de coton y sont trempés plusieurs fois avant de sécher. Ensuite la préparation du métier : les fils sont montés sur le métier à tisser en bois, la longueur ajustée selon le modèle de krama, puis le fil de trame enroulé bobine après bobine.

Vient enfin le tissage lui-même. Un échantillon est d’abord réalisé pour vérifier la couleur, le motif et la texture, avant que la tisserande ne tisse le foulard en entier. La frange est terminée à la main, avec la couture des étiquettes, puis chaque pièce est contrôlée avant d’être lavée et mise en stock. Un geste répété des centaines de fois, pour un objet qu’on finit parfois par ranger dans un tiroir en rentrant.

Le saviez-vous ?

Un krama noué aux deux poignées d’un vélo devient un siège d’appoint pour transporter un jeune enfant. Roulé en boule, il devient aussi un jouet : les enfants khmers s’en servent pour le « Cha-ol Chong », l’équivalent local du ballon prisonnier. Le même tissu sert de couvre-chef, de serviette de bain et de ceinture, selon le moment de la journée.

Source : Krama Krama, page « Histoire du krama » (consultée le 05/10/2026).

Gros plan sur un tissu de coton à carreaux rouges et blancs, le motif traditionnel du krama cambodgien
Le motif à petits carreaux rouges et blancs, le plus répandu, décline aussi en bleu et blanc selon les régions. Photo Dagny Reese / Unsplash.

École Sala Baï : ce que finance réellement un achat

C’est ici que la rencontre dépasse le simple achat. L’école hôtelière Sala Baï, dont le nom signifie « école du riz », a été créée en 2002 à Siem Reap par l’ONG française Agir Pour le Cambodge. Chaque année, elle forme gratuitement environ 150 jeunes Cambodgiens issus de familles défavorisées aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration : réception, étage, service en salle, cuisine. L’école prend en charge l’intégralité des frais, scolarité comme frais de vie — logement, nourriture, vélo pour se déplacer, frais médicaux.

Deux kramas, l’un orange et l’autre bleu, ont été dessinés gratuitement aux couleurs de l’école par une créatrice textile, en collaboration avec les tisserandes de l’atelier partenaire. Ils sont vendus en ligne mais aussi directement sur place, à Siem Reap, et leurs ventes financent des activités de l’école. Ce n’est pas un pourcentage abstrait reversé à une cause lointaine : c’est un objet précis, conçu pour un lieu précis, qu’on peut aller voir de ses propres yeux en passant par Siem Reap.

Porter son krama en voyage, pas seulement au retour

Ça se glisse n’importe où dans un sac, et ça sert dès le premier jour sur place, pas seulement une fois rentré. Au temple, le foulard couvre les épaules quand le soleil tape trop fort dès 9 heures du matin. Sur une piste en tuk-tuk, il protège du nez et de la bouche contre la poussière rouge qui colle aux cheveux. Le soir, replié en plusieurs épaisseurs, il remplace une serviette fine qui sèche vite dans l’humidité.

Mon conseil, tiré de mes propres erreurs : n’achetez rien le premier jour, sous la pression d’un rabatteur de marché. Prenez le temps de visiter un atelier et de voir une tisserande au travail, puis achetez-le ce jour-là, pas avant. Le tissu sera le même. Mais vous saurez enfin ce que vous rapportez vraiment chez vous.

Ce que j’en retiens

Je ne crois pas aux souvenirs qui ne racontent rien. Acheté sans poser de question, un krama reste un bout de tissu, point. Choisi après avoir vu une tisserande le fabriquer, et compris ce que finance son prix, il devient le seul objet du voyage qui garde un sens une fois posé sur l’étagère, des mois plus tard. C’est exactement ce qui distingue, à mes yeux, un souvenir d’une vraie rencontre — et c’est la seule raison pour laquelle j’en recommande un.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour tisser un krama à la main ?

Environ 8 heures de travail sur un métier à tisser en bois traditionnel, réparties en trois étapes : teinture des fils, préparation du métier, puis tissage et finition.

Pourquoi certains kramas sont-ils beaucoup moins chers que d’autres ?

Les kramas bon marché des marchés proviennent le plus souvent d’usines, sans garantie sur les conditions de fabrication. Celui d’un atelier de tisserandes formées et payées équitablement coûte davantage, pour une raison simple : ce temps de travail est réellement rémunéré.

Qu’est-ce que l’école Sala Baï ?

Une école hôtelière créée en 2002 à Siem Reap par l’ONG française Agir Pour le Cambodge. Elle forme gratuitement environ 150 jeunes Cambodgiens défavorisés par an aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration, frais de scolarité et de vie compris.

À quoi sert un krama pendant un voyage, au-delà du souvenir ?

Couvre-chef contre le soleil, protection contre la poussière en tuk-tuk, serviette fine le soir, ou simple écharpe légère dans les temples où les épaules doivent être couvertes.

Sources

Page « Notre philosophie », Krama Krama (origine du partenariat, rémunération équitable) — consultée le 5 octobre 2026.

« Histoire du krama », Krama Krama (usages traditionnels, symbolique) — consultée le 5 octobre 2026.

« Tissage du krama », Krama Krama (les trois étapes de fabrication) — consultée le 5 octobre 2026.

École Sala Baï : page dédiée sur Krama Krama (création 2002, Agir Pour le Cambodge) — consultée le 5 octobre 2026.

Julien Béton

Rédacteur spécialisé · voyage solo, récits d'aventure, rencontres interculturelles

Julien couvre les expériences de voyage solo et les opportunités de rencontres avec d'autres voyageurs. Il s'assure de la véracité des témoignages et des informations en croisant plusieurs sources.

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